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Histoire

Monsieur de La Pérouse



Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, appartient à la grande tradition des officiers de marine qui se sont illustrés dans les voyages d’exploration de l’époque des Lumières. Son unique périple vers l’Océanie l’a rendu mondialement et tragiquement célèbre par la disparition en 1788 des deux navires placés sous son commandement, L’Astrolabe et la Boussole sur les récifs de Vanikoro dans l’archipel des Salomon. Après James Cook, il semble avoir été le deuxième européen à fréquenter la Nouvelle-Calédonie.


Né près d’Albi. en Languedoc, d’une famille récemment anoblie, La Pérouse il devient officier de la Royale en 1756. La première partie de sa carrière est favorisée par le contexte de guerre. Il fait directement connaissance avec la guerre durant le conflit contre l’Angleterre à propos du Canada (1757-1763) ce qui lui donne l’expérience de deux traversées transatlantiques Au cours des périodes d’inactivité, notamment alors qu’il est blessé puis prisonnier sur l’honneur des Anglais (1759-1762), il peut poursuivre ses études.
Promu enseigne de vaisseau en 1764, il sert quelques années sur des navires côtiers et s’initie aux activités marchandes. Son expérience de l’outremer se confirme dans les années 1772-1778 alors qu’il sert d’abord aux Antilles puis dans l’océan Indien où. ayant obtenu en 1773 son premier commandement à la mer, il se signale en sauvant le comptoir de Mahé assiégé par un prince local. Promu lieutenant de vaisseau, il reçoit la croix de Saint-Louis en 1778.
La guerre d’indépendance des Etats-Unis (1778-1782) lui permet de s’illustrer et de conquérir le respect de ses adversaires anglais. Comme La Pérouse l’avait compris, un raid audacieux dans les parages de Terre-Neuve contre les dépôts de la Hudson’s Bay Company (1782) porte un coup sévère aux intérêts économiques de l’Angleterre désormais lancée dans la révolution industrielle. Devenu capitaine de vaisseau, pensionné par le roi, il a maintenant de solides appuis en la personne du ministre de la Marine, le duc de Castries et de Fleurieu, directeur des ports et des arsenaux ; il peut épouser la jeune Louise Eléonore Bourdou en juillet 1783. C’est naturellement à lui, habile marin et bon connaisseur des latitudes extrêmes, que pense le ministre de la Marine lorsqu’il ébauche une expédition vers le Pacifique Nord à l’automne I784.
Le projet, fortement influencé par Louis XVl qui a reçu une éducation de géographe professionnel, prend de l’ampleur et s’étend au Pacifique Sud. En juin 1785, la version finale comprend des instructions de 200 pages, basées sur les rapports des différentes académies scientifiques et les enseignements tirés des voyages de Cook, et prévoit un budget d’un million de livres. L’objectif officiel est de parfaire les connaissances scientifiques de l’époque mais il s’agit en réalité d’évaluer les comptoirs étrangers et les possibilités d’expansion française.

l’Astrolabe

L’armement est conçu en conséquence : deux navires sont soigneusement préparés à Brest pour un périple estimé à trois ans. Il s’agit de ménager la santé des équipages menacés par le terrible scorbut et d’installer les scientifiques, entre autres quatre naturalistes. trois botanistes, deux ingénieurs hydrographes, un peintre, un jardinier pour les essais de semences sur place et un horloger car conserver l’heure du méridien d’origine pour estimer précisément la longitude constitue encore un défi. Barthélemy de Lesseps sera l’interprète de russe. La Pérouse commande la Boussole et son ami Langle l’Astrolabe.

Le départ intervient le 1er août 1785 et le 6 novembre on touche le Brésil puis le 24 février 1786 le Chili et ensuite l’île de Pâques, dont les statues dessinées par Duché de Vancy intrigueront le monde. Au cours de son voyage, La Pérouse se montre inspiré par les principes des Philosophes. Ainsi après sa découverte refuse-t-il de prendre possession de l’île Maui (Hawaii, 30 mai 1786) consignant dans son journal que « sans respect pour leurs droits les plus sacrés, [les hommes] regardent comme un objet de conquête une terre que ses habitants ont arrosée de leur sueur et qui depuis tant de siècles sert de tombeau à leurs ancêtres ». Il se montre par ailleurs libéral et libre-échangiste avant la lettre écrivant à propos de la colonie du Chili « si l’Espagne ne change pas de système, si la liberté du commerce n’est pas autorisée, si les différents droits sur les consommations étrangères ne sont pas modérés, enfin si l’on perd de vue qu’un très petit droit sur une consommation immense est plus profitable au fisc qu’un droit trop fort qui anéantit cette même consommation, le royaume du Chili ne parviendra jamais au degré d’accroissement qu’il doit attendre de sa situation ». Il est d’ailleurs critique également avec la religion lors de son passage en Californie en juin puis septembre 1786 au contact des communautés franciscaines : « le régime des missions est très propre à entretenir [les indiens] dans l’état d’ignorance où ils languissent » et, plus loin, que les Espagnols n’ont jamais songé « qu’à faire des crétins et des saints et jamais des citoyens ».

Entre-temps, une reconnaissance des côtes du Canada et de 1’î1e de Vancouver en juillet 1786 a été marquée par unincident de mer tragique et la perte de 22 marins dans la baie de Lituya. La Pérouse y a acheté une île qu’ il baptise île du Cénotaphe en mémoire de ses infortunés compagnons. A propos des formalités d’acquisition, il note avec un certain prophétisme qu’« il était plus que douteux que ce chef fut propriétaire d’aucun terrain. Le gouvernement de ces peuples est tel que le pays doit appartenir à la nation tout entière. (...) J’acceptais l’offre du chef, convaincu d’ailleurs que le contrat de cette vente pourrait être cassé par plusieurs tribunaux, si jamais la nation plaidait contre nous ; car nous n’avions aucune preuve que les témoins fussent ses représentants, et le chef, le vrai propriétaire ». Ceci étant, La Pérouse partage les préjugés de son époque lorsqu’iI écrit « il est impossible de (...) faire société avec l’homme de la nature parce qu’il est barbare, méchant et fourbe » et juge les habitations locales « d’une malpropreté et d’une puanteur avec laquelle ne peut être comparée la tanière d’aucun animal connu ».
Le 23 septembre 1786, l’expédition reprend la mer depuis Monterrey vers le Pacifique central. On entre dans le domaine de l’inconnu car la carte qui équipe les navigateurs a été établie cent cinquante ans plus tôt. Des rectifications s’imposent mais La Pérouse écrit à de Castries avoir eu « l’attention la plus scrupuleuse à ne pas changer les noms que le capitaine Cook avait imposés aux différents caps qu’il avait reconnus ». Le 14 décembre, on touche les Mariannes puis prend place une escale à Macao marquée par des incidents sérieux entre les scientifiques rebelles à la discipline très stricte de la marine et le commandant de l’expédition qui les met tous aux arrêts pour vingt-quatre heures. Cette escale permet d’envoyer les premières nouvelles de l’expédition. L’escale aux Philippines est encore l’occasion d’une sévère critique des religieux et de l’administration espagnole : « on ne jouit à Manille d’aucune liberté : les inquisiteurs et les moines y surveillent toutes les consciences, les oidors toutes les affaires particulières, le gouverneur, les démarches les plus innocentes... ».

Le Discovery de Cook à Botany Bay

Le 28 mars 1787 commence l’exploration de la côte asiatique par Canton, Formose et le Japon. Le 6 septembre commence I’escale du Kamchatka. Deux faits importants s’y produisent : La Pérouse reçoit de nouvelles instructions pour découvrir l’importance de l’établissement que projettent les Anglais aux Nouvelles Galles du Sud, future Australie). Le jeune de Lesseps souffrant est renvoyé en France à travers la Russie avec de nombreux documents qui constitueront par la suite le fonds de l’expédition malheureuse. La Pérouse modifie sa route pour mettre le cap sur Botany Bay via les Samoa atteintes le 6 décembre.

A Tutuila sur l’île de Tau, une agression de samoans coûte la vie à douze membres de l’expédition dont de Langle et le naturaliste Lamanon. Le 24 janvier 1788, les navires arrivent à Botany Bay pour leur dernière escale connue. Le gouverneur Phillip et son convoi de 756 convicts sont arrivés quelques jours plus tôt : les relations sont amicales entre gens de mer mais les Français ne sont à l’évidence pas les bienvenus et les aides leur sont refusées. Cependant, les anglais acceptent de se charger des documents concernant la deuxième partie du voyage. On apprend à cette occasion de sa main les effets de l’éprouvant périple sur La Pérouse : « ... les fatigues d’un tel voyage ne peuvent être exprimées Tu me prendras à mon retour pour un vieillard de cent ans, je n’ai plus ni dents ni cheveux et je crois que je ne tarderai paes à radoter ».

Le 10 Mars 1788, à son départ d’Australie, commence le mystère La Pérouse qui durera quarante ans. Sans nouvelle de lui à la mi-1789, on commence à s’inquiéter à Versailles. L’expédition est déclarée officiellement perdue le 14 février 1791. La révolution ne changera pas l’état d’esprit de l’opinion qui continue à se passionner pour l’affaire et la tradition rapporte que le roi, qui avait suivi personnellement les progrès de l’expédition, s’inquiéta encore du sort de son capitaine quelques moments avant de monter à l’échafaud. L’Assemblée nationale accepte ainsi en pleine guerre le projet fort coûteux d’une expédition de secours, commandée par le contre-amiral Bruni d’Entrecasteaux à bord de deux navires rebaptisés la Recherche et l’Espérance. Les espoirs seront déçus car aux Salomon d’Entrecasteaux ne sait pas interprêterinterpréter les indices qu’il rencontre et, découvrant l’île de Vanikoro, ne s’y arrête pas alors qu’il y avait probablement des rescapés sur place à ce moment. C’est le capitaine Peter Dillon qui en 1827 établit avec certitude l’aventure malheureuse des membre de l’expédition. Sans doute poussés sur les récifs par un violent cyclone, la Boussole et L’Astrolabe ont été perdues. Les rescapés d’un des équipages cherchant refuge à terre ont été immédiatement massacrés, les autres s’étant employés durant de longs mois à construire avec les restes d’épaves un navire à deux mâts puis tenter un départ de fortune, soldé sans doute par une disparition en mer. Deux membres de l’équipage ont vécu le reste de leur existence sur place. La même année, Dumont d’Urville confirme le récit de Dillon et érige un cénotaphe. En 1883, le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie dépêche une expédition pour le centenaire qui remonte trois ancres et des canons désormais exposés au mémorial d’Albi. Grâce aux travaux de l’Association Salomon de Nouvelle-Calédonie, les gisements sont désormais parfaitement connus et l’essentiel des reliques a pu être exhumé et répertorié.

Pour la Nouvelle-Calédonie, que devaient reconnaître L’Astrolabe et la Boussole, un autre mystère. Les instructions du navigateur précisaient en effet qu’il « viendra se mettre par la latitude de 1’î1e des Pins, située à la pointe sud-est de la Nouvelle-Calédonie ; et après l’avoir reconnue il longera la côte occidentale qui n’a point été visitée ; et il s’assurera si cette terre n’est qu’une seule île, ou si elle est formée de plusieurs ». Bernard Brou retient quatorze indices du passage et du débarquement de La Pérouse en Nouvelle-Calédonie. Quatre au moins peuvent prendre l’apparence de preuves : la présence dans l’une des épaves de diabase verte de Nouvelle-Calédonie, le graphomètre fleur-de-lysé découvert dans les années 1870 dans une case de la région de Nouméa, des médailles à l’effigie de Louis XVI qui ont été photographiées en Nouvelle-Calédonie puis perdues et un pommeau d’épée fleur-de-lysé. De ces indices et du soin scrupuleux que mit La Pérouse à exécuter ses instructions, on peut conclure qu’il fut le second européen à toucher l’archipel.

L’Espérance


D’après Ph. BOYER

Mise à jour : 24 mars 2006

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